Bulletin n°28 : L’eau
Résumé du bulletin n°28 :
Ce nouveau numéro de Mémoires est consacré au rôle central de l’eau dans l’histoire de Fontaine, notamment face à la menace du Drac et l’utilisation des ruisseaux par les mégisseries. Après la maîtrise du Drac, le développement de la ville est devenu possible, entraînant l’extension du réseau d’eau potable et l’aménagement des ruisseaux. Les inondations, notamment celle de 1954 avec l’effondrement du Pont du Drac, ont rappelé que Fontaine est bâtie sur les anciens limons du torrent capricieux.
Bassins et lavoirs
Le village de Fontaine possédait plusieurs bassins lavoirs, situés principalement près du carrefour des rues de « la Montée », du chemin de l’Abbaye, de la rue de la Carrière et de la République. La source de « la cent francs », située sur la propriété actuelle du LEP Jacques Prévert, alimentait un bassin privé et une fontaine décorative. Dans le quartier Saveuil et à proximité de la mairie-école, on trouvait également de nombreux bassins, dont un qui servait au propriétaire d’un café pour conserver des truites vivantes.
Fontaine sur Drac…
En 1884, il fut proposé de nommer la ville « Fontaine sur Drac » pour lui donner une identité distincte, mais cette proposition ne fut pas retenue, malgré l’importance du Drac dans l’organisation de la vie locale. Le Drac, né de la confluence du Drac Blanc et du Drac Noir, était une source de galets prisés pour les travaux publics, extraits par des « barrotiers » puis par des dragues. L’importance des galets du Drac fut telle qu’un confiseur en fit une spécialité régionale, aujourd’hui oubliée.
L’enfonceur de pieux / L’eau sur l’évier…
Pour obtenir de l’eau dans la plaine de Fontaine, on recourait souvent à des pieux et des puits, étant donné la présence d’une nappe phréatique peu profonde. Planter des pieux était un métier lucratif, immortalisé par une carte postale du mécanicien E. Jarrand. L’arrivée de l’eau « de ville » en 1945 nécessita des travaux que les locataires, comme les parents de Jeannine Ravier, refusèrent de payer, les obligeant à attendre 1954 pour avoir l’eau courante sur leur évier.
Les serpents d’eau de Fontaine
La commune de Fontaine est parcourue par de nombreux ruisseaux, dont seuls « le Vivier, la Fontaine du curé et le Bouteillat » restent visibles à l’air libre. Le Vivier prend sa source sous le parc de la Poya et se jette dans la petite Saône, qui rejoint ensuite le Gua sur Sassenage. Le Portelait, continuité d’un ruisseau serpentant dans le parc Dotto, était un petit lavoir où les riverains déposaient leurs bidons de lait pour les garder au frais.
Ruisseaux principaux
Le ruisseau de La Fontaine du curé naît de deux sources au pied de la falaise, traverse le CGC et rejoint le Vivier, ayant vu son cours déplacé sous le parking du centre commercial. Le Ruisseau principal de la Balme, qui prenait naissance à Seyssinet, passe désormais sous les courts de tennis et le parc Karl Marx, étant entièrement canalisé. Plusieurs ruisseaux ont porté le nom de Saône, Sone ou Saulne, dont la « grande Saulne » qui prend naissance près de la ferme des Arcelles et fut couverte en plusieurs tronçons sur le territoire de Fontaine.
Le SIERG
Suite à la Libération, un syndicat intercommunal, le SIERG (Syndicat Intercommunal des Eaux de la Région Grenobloise), fut créé en 1947 par plusieurs communes, dont Fontaine, pour organiser l’adduction d’eau potable. Grenoble s’est retiré du syndicat en 1948 après que sa demande d’obtenir la majorité des voix ait été refusée. Confronté à une pénurie d’eau potable et au financement, le SIERG a mobilisé les parlementaires de l’Isère pour obtenir des fonds en 1953 et a choisi Pré Grivel comme première station de captage.
Captages du SIERG
Le captage de Pré Grivel, opérationnel en 1961 et 1962, a été jugé insuffisant en raison de l’explosion démographique, rendant nécessaire la mise en œuvre d’un captage supplémentaire à Jouchy. Les deux sites de Jouchy (Jouchy I et Jouchy II) fournissent 80% de la production d’eau du SIERG, avec une capacité totale de pompage de 1600 l/seconde pour un débit autorisé de 1100 l/seconde. Des recherches complémentaires ont mené au choix du site de l’Eau d’Olle (Allemont, Bourg d’Oisans et Oz en Oisans) pour renforcer les ressources, avec un prélèvement autorisé maximal de 1m³ par seconde.
Le bassin versant
Le bassin versant du SIERG est constitué par celui de la Romanche et de ses affluents, le Vénéon et l’Eau d’Olle, s’étendant sur 1135 kilomètres carrés et sur trois départements. La variété des sous-bassins (glaciaires pour le Vénéon et Haute Romanche, nival pour l’Eau d’Olle) garantit un rechargement constant des nappes de Pré Grivel et de Jouchy, même en période de sécheresse. Le SIERG, fidèle à ses valeurs de solidarité et de service public, n’a jamais cédé à la privatisation et continue de fournir de l’eau naturellement pure à environ 200 000 habitants.
L’Eau des Vouillants
En 1976 et 1977, un nouveau réservoir de 6000 m³ a été construit à côté des anciens réservoirs des Vouillants pour renforcer la résistance mécanique et permettre le remplacement de la conduite de distribution. En 1978, un incident lors de la mise en service du nouveau réservoir a privé la commune d’eau, obligeant les pompiers à ravitailler les boulangeries. Les anciens réservoirs de la 1ère et 2ème ferme, alimentés par le captage du Grand Pariset, ont été abandonnés pour l’eau potable en 2005 au profit de petits nouveaux réservoirs alimentés par l’eau du SIERG.
Sources Fontainoises / L’eau vive, elle court, elle court !
La source de « cent francs », située dans le bois des Vouillants, a été captée en 1820 pour alimenter le village et un bassin lavoir, et est encore visible aujourd’hui malgré sa déconnexion du réseau communal. Une source plus importante, celle de « mille francs », située à proximité de celle de cent francs, a également été raccordée au réseau d’alimentation du village. Les sources de la plaine, bien que nombreuses, étaient petites et polluées par la surpopulation et les rejets industriels, d’où la nécessité de nouveaux captages externes.
L’eau des Vouillants : ça coule de source !
Suite au manque d’eau potable, le Conseil Municipal a décidé en 1913 de lancer un projet d’adduction et de distribution à partir de sources captées à Claix, au lieu-dit Fond-Ratel. Ce projet impliquait la pose d’une longue conduite de 7 883m et la construction d’un réservoir de 520m³ à mi-hauteur de la falaise, relié par une galerie verticale et rampante pour assurer la pression. L’arrivée du SIERG à Fontaine s’est faite par un branchement sur la canalisation de Claix et une autre venant de Seyssinet, via le parc Karl Marx.
Plus d’eau à Fontaine
En 1932, le Conseil Municipal d’Auguste Ponson a lancé une étude pour une nouvelle alimentation en eau potable, mais la destruction du « nouveau pont » par les Allemands en 1944 a coupé l’arrivée d’eau de Claix. L’effondrement d’une pile du pont en 1954, suite à une crue du Drac, a de nouveau coupé l’alimentation en eau, nécessitant la construction d’une passerelle provisoire pour rétablir la circulation et les canalisations. Une station de pompage de secours, toujours visible mais hors service, a été construite en 1961 dans la cour de l’école maternelle Langevin suite à un important déficit en eau potable.
Les Vouillants : retour aux sources!
En 1952, face au manque d’eau, Paul Billat, aidé d’Émile Raymond et du maire Léon Pinel, a mené un projet de captage près de la ferme Clément au Grand Pariset, alimentant trois réservoirs dans le bois de Vouillant. La gestion du trop-plein de ces réservoirs a conduit à la construction d’un bâtiment comprenant deux réservoirs de 2000m³ chacun, reliés au réservoir existant de 520m³ par une galerie verticale. Les travaux d’adduction d’eau des sources des Vouillants, démarrés en 1953, ont coûté onze millions d’anciens francs et ont permis d’alimenter les fermes de la 1ère et 2ème ferme en 1954 et 1955.
Les douches municipales
Des douches municipales, au nombre de 5, ont été installées en 1908 dans l’ancienne mairie-école, avec l’eau chaude fournie par une petite chaudière à charbon. L’utilisation de ces douches était initialement réservée aux enfants le samedi après-midi, mais elles ont été détruites en 1990 pour faire place aux toilettes de l’école. L’ancien directeur, Monsieur Gallifet, était chargé de mettre en marche la chaudière pour fournir l’eau chaude en dehors des périodes de froid.
HAUT L’EAU A FONTAINE : Les plus importantes INONDATIONS
Le Drac, surnommé le « dragon » pour ses fureurs, a provoqué de nombreuses inondations avant son endiguement par Lesdiguières, et jusqu’en 1948, il continuait de déborder fréquemment. Les inondations de 1952 et 1954, cette dernière entraînant l’effondrement d’une pile du Pont du Drac, ont causé des coupures d’eau et nécessité l’installation de structures provisoires. Des inondations d’origine pluviale ont également touché Fontaine, notamment en 1981, où des quartiers comme la place Henri Chapays ont été recouverts par plus d’1m30 d’eau.




