Bulletin n°21 : Quartier de la Bastille
Résumé du bulletin n°21 :
Ce numéro de Mémoires se concentre sur le quartier de la Bastille à Fontaine, en cours de réaménagement, en recueillant les témoignages de ses habitants. Avant 1950, le quartier était composé de champs, de jardins, de terrains vagues et de quelques industries (Air Liquide, tannerie Guillaumet), mais a connu une explosion démographique après 1950, entraînant la construction des premiers immeubles. Le réaménagement de l’ancienne friche Air Liquide prévoit de nouvelles voies de circulation, des aires de jeux et des commerces, bien que la destruction de certains bâtiments suscite des inquiétudes quant au relogement.
Maurice Bonvallet « À La Bastille On L’aime Bien »
Maurice Bonvallet, ancien conseiller municipal et figure du quartier, est décrit comme un homme attachant, toujours prêt à rendre service, notamment en gérant sa droguerie de manière très personnelle. Il avait confié à Robert de Marchi des photos aériennes stratégiques de la guerre (1939-1940) montrant l’Air Liquide, la fabrique d’eau de Javel et l’usine Khulmann. L’arrivée des supermarchés, comme Genty-Cathiard, a rendu la vie des petits commerçants impossible, et Maurice a été contraint de fermer sa boutique et d’être embauché au supermarché, un changement de vie qu’il a mal vécu.
Antoinette à la Bastille
Antoinette Chaninet, arrivée en France en 1960, a grandi à la Bastille dans divers lieux et a fait toute sa scolarité à l’école Robespierre, qu’elle trouvait moins jolie après rénovation. Elle se souvient avec émotion de la vie de quartier animée par les nombreux commerces, notamment l’épicerie Mazzilli (un lieu de crédit et de solidarité pour les Italiens) et la droguerie Gugel. Bien qu’ayant vécu à Grenoble après son mariage, Antoinette est revenue à Fontaine, restant attachée à son quartier d’enfance, malgré sa mauvaise réputation.
Des as du ballon !
Le 17 juillet 1908, un immense ballon piloté par MM Hermann et Frey s’est écrasé dans les champs des petites Buissonnées (quartier Bastille), après être parti de Berne. Le 9 août de la même année, un dirigeable s’est écrasé près du pont du Drac côté Grenoble, rompant les fils du tramway et interrompant la circulation. Les aéronautes de ces deux incidents, qui semblent impliquer un certain Frey, sont sortis vivants de ces atterrissages mouvementés.
Angèle Franco au café de la tonnelle
Le café de l’avenue Curie (aujourd’hui rue Henri Wallon), tenu par la tante d’Angèle, Rose, était un lieu de rendez-vous important de la Résistance, notamment des F.T.P-M.O.I (Main d’Œuvre Immigrée) pendant la Seconde Guerre mondiale. Angèle Franco (nom de guerre « Simone »), antifasciste, a servi d’estafette, a imprimé des tracts et a caché des résistants, à l’insu de sa tante. En 1951 ou 1952, Angèle a repris la gérance du café, rebaptisé « chez Angèle Franco » ou Café de la Tonnelle, qui a ensuite été transformé en pizzeria Romana par Franck Sciré avant de fermer définitivement.
Le quartier de la Bastille, une mosaïque!
Le quartier de la Bastille est décrit comme une mosaïque comprenant des bâtiments, des immeubles, une école (Robespierre) et un terrain de stationnement pour les gens du voyage. L’auteur se souvient du choc de la première rentrée scolaire pour les enfants des gens du voyage, qui passaient de l’espace limité de leur caravane à un espace clos et grand. Jusqu’à récemment, une pratique discriminatoire obligeait les parents des gens du voyage à justifier la présence de leurs enfants à l’école pour éviter la remise en question du versement des allocations familiales.
Par delà l’Air Liquide
Avant 1950, Fontaine s’arrêtait à l’Air Liquide, au-delà, c’était une plaine inculte s’étendant jusqu’à Sassenage, utilisée pour les jeux d’enfants. La rue de la Mégisserie (devenue rue Jean Pain) était un centre névralgique avec des commerces comme les caves de Marchi, des épiceries, des boulangeries, et le café-restaurant Durand. L’Air Liquide, site industriel protégé et craint en raison de gaz explosifs ou inflammables, a été délocalisé à Voreppe et Jarrie en 1986 car il ne répondait plus aux besoins croissants de production.
Avec les femmes de la Bastille
Pendant vingt ans, des femmes du quartier de la Bastille, majoritairement maghrébines, se sont réunies (à la Salle Allende puis au centre social Romain Rolland) pour des activités encadrées par l’Association Femmes Solidaires. Ces rencontres permettaient des activités manuelles (tricot, couture), des sorties culturelles (cinéma, contes) et des voyages (Lac du Bourget, Grau-du-Roi), offrant un espace de socialisation et d’entraide. Le 29 juin 1991, une grande fête communautaire appelée la Zerda a eu lieu à la Bastille, organisée par plusieurs associations avec repas, musique et danse, rassemblant tout le quartier.
L’école Maternelle Elsa Triolet
La nécessité de construire l’école maternelle Elsa Triolet, due à l’explosion démographique, a été exposée au Conseil Municipal en février 1972, car 85 enfants avaient été refusés. Malgré l’approbation du programme et l’achat du terrain en 1973, la mobilisation des parents et des enseignants a été nécessaire pour obtenir le vote de la construction en 1975, suite au refus de 274 enfants en 1974. L’école maternelle Elsa Triolet a finalement ouvert ses portes à la rentrée 1978, après l’ouverture d’une classe provisoire en 1975 dans la cour de l’école Robespierre.
La future Bastille
Cosimo Bruccoleri, habitant de la Bastille depuis plus de trente ans, exprime son bonheur et l’absence de problèmes de voisinage dans le quartier, où il a élevé ses trois enfants. Ses enfants ont fréquenté les écoles maternelles Robespierre puis Elsa Triolet, et il n’a pas l’intention de quitter la Bastille malgré les réaménagements prévus, notamment à la place de l’Air Liquide. Le seul souci actuel de Cosimo Bruccoleri concerne un problème de chaudière à gaz non réglé entre l’OPAC et certains résidents.




