Bulletin n°17 : Usine Dragon (2)
Résumé du bulletin n°17 :
Peur sur la ville
Lors de la terrible inondation de 1856, les autorités envisagèrent de sacrifier Fontaine, qui avait réussi à protéger son village grâce à une digue plus haute, en faisant sauter celle-ci pour sauver Grenoble. L’inondation de 1859, bien que moins dévastatrice pour Fontaine, fut également terrible à Grenoble, entraînant la suspension des services d’inhumation. Les inondations successives (1878, 1886, 1928, 1954) ont montré que Fontaine était relativement épargnée, mais l’accident du pont du Drac en 1954 a marqué les esprits, tel que raconté dans une lettre inspirée.
Les Dragons : Les coupures de copeaux
Daniel Collomb-Muret, chaudronnier chez Dragon de 1958 à 1994, raconte les conditions de travail pénibles et dangereuses (accidents, blessures dues aux copeaux, tendinites) mais se souvient d’une bonne ambiance et solidarité entre collègues. Mokhtar Kheniene, arrivé en 1970 et licencié en 1995, a été soudeur-monteur et utilisait la guillotine pour débiter les pièces, un travail nécessitant vigilance face aux risques d’accidents. Dragon, deuxième fabricant mondial de concasseurs, employait jusqu’à 450 personnes et fournissait le monde entier, mais a entamé un déclin marqué par des licenciements économiques dès 1974.
Dix ans chez Dragon
Marc Ferrari est entré chez Dragon en 1948 pour finir son apprentissage de mécanicien-tourneur, décrivant les ateliers initiaux comme sombres, vétustes, bruyants et dangereux, rappelant une « scène à la Zola ». L’arrivée de nouvelles machines de guerre allemandes (VDF, Sculdford, Graffenstaden) et de nouvelles méthodes a modernisé l’atelier, améliorant la qualité et la quantité de travail. Malgré les dures conditions de travail, la fierté professionnelle et la volonté de reconstruire le pays étaient fortes, encouragées par un syndicat CGT actif et une gestion patronale paternaliste de M. Meilland.
Appareils DRAGON
La gestion « paternaliste » de M. Meilland cherchait à désamorcer les conflits, comme lorsqu’il permit à Marc Ferrari de s’assoupir pour avoir plus de force. L’ambiance était marquée par une saine camaraderie, un idéal de reconstruction après-guerre et la transmission de valeurs de solidarité par les anciens résistants. Le travail était très dur (56 heures par semaine, horaires stricts, faible chauffage en hiver) mais l’entreprise organisait de nombreuses activités sociales et sportives qui renforçaient les liens.
On a fait tout un pataquès…
Vincent Castellana, entré à Dragon en 1972 comme tourneur, décrit l’entreprise comme une bonne entreprise qui recrutait dans les écoles techniques et payait correctement. L’entreprise a commencé à décliner après les chocs pétroliers fin 1973, aggravé par l’envoi de travail en Espagne et Tchécoslovaquie car la main-d’œuvre française était jugée trop coûteuse. Les licenciements par vagues (paquets de 9 ou 10) et les grèves, dont une qui dura trois mois en 1973, ont érodé la confiance des employés.
Les derniers dinosaures
Louis Magnasco est entré chez Dragon en 1982 avec une fibre syndicale déjà établie, devenant délégué du personnel et délégué syndical pendant 10 ans. Il souligne l’esprit de lutte et de solidarité très fort des « Dragons », qui pouvaient s’arrêter de travailler collectivement dès qu’un collègue était licencié. Les luttes de la fin, notamment en 1994, furent acharnées et violentes, avec séquestration de directeurs et occupation des bureaux, bien que les ouvriers aient été « fichés » et aient eu du mal à retrouver un emploi.
Sur les traces de mes cinémas…
Pif Carvello invite à une balade nostalgique à pied sur le cours Berriat à Grenoble, décrivant des jeux de l’époque comme le « tennis-barbe » et les « roues-blanches ». Il évoque divers cinémas et lieux emblématiques de son enfance dans les années 1950, tels que le Pax, le Modern, l’Eden, le Club (spécialisé dans le cinéma italien), et le Gaumont. La mode des multiplexes (Pathé-Échirolles, Nef-Chavant) a supplanté les petites salles d’antan, marquant la fin des entractes animés (spectacles de cabaret, réclames de Jean Mineur).




