Bulletin n°16 : Dragon (1)
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Bulletin n°16 : Usine Dragon (1)

Résumé du bulletin n°16 :

(lecture complète ici)

DRAGON : Histoire et Production

DRAGON a débuté ses activités en 1928 à Grenoble et Fontaine, s’agrandissant significativement après la Seconde Guerre mondiale avec la fabrication de concasseurs et de groupes mobiles pour les travaux publics, atteignant jusqu’à 600 employés après 1966. L’entreprise a connu un développement rapide en fournissant des équipements pour de grands barrages (Génissiat, Bort les Orgues, Tignes) et pour la construction de routes, avec des exportations atteignant 75% des ventes dans les années 1970. Suite à la prise de contrôle par Fives Cail Babcock en 1966 et à des baisses de commandes dans les années 1980, les ateliers de Fontaine ont fermé en 1980, et l’usine de Sassenage a fermé en 2004 après son rachat par SVEDALA.

La Vie Sociale et les Luttes chez DRAGON

Le personnel de DRAGON, majoritairement Fontainois, bénéficiait d’une bonne ambiance, de promotions internes pour les ouvriers qualifiés et d’un CE très actif organisant sports, voyages et fêtes mémorables. Le syndicat CGT a mené d’importantes luttes, notamment une grève de quatre semaines en 1974 qui a abouti à une revalorisation salariale de 30 à 35%, soutenue par la solidarité de la municipalité et des habitants. Les dernières années furent marquées par l’inquiétude, des licenciements successifs et des orientations de la direction qui ont mené inévitablement à la fermeture fin 2004.

Témoignages et Culture Ouvrière (DRAGON)

Les témoignages des anciens employés, comme Louis Magnasco, révèlent que DRAGON était plus qu’une usine, c’était une famille où l’entraide et la camaraderie étaient fortes, malgré la dureté du travail. Tayeb Brouia, embauché en 1973, décrit son intégration facile et sa progression de P1 à technicien en quelques années, soulignant la bonne convivialité et l’importance des avantages sociaux offerts par le CE, comme les voyages. Les ouvriers ont mené des conflits réguliers, notamment l’occupation de l’usine en 1974 et des plans sociaux récurrents, bien que l’expulsion par les forces de l’ordre en 1981 ait été un moment particulièrement difficile, malgré l’arrivée de la gauche au pouvoir.

La Fin de DRAGON et l’Héritage

En 1994, malgré les luttes et les contre-propositions de relance, DRAGON a cessé la fabrication de concasseurs, même si une petite activité de service après-vente a été maintenue jusqu’à la fin, Tayeb Brouia étant le dernier des ateliers à partir en licenciement. Les rachats successifs par SVEDALA (1997) puis Metso (2002) visaient à acquérir des parts de marché et à fermer l’activité de concassage à Fontaine, annulant finalement le nom historique de DRAGON. L’héritage ouvrier est symbolisé par la médaille du travail; pour certains, comme Daniel Collomb-Murret et Tayeb Brouia, elle est un objet symbolique de leur carrière, tandis que pour d’autres, elle est devenue insignifiante après les licenciements.

Loisirs et Camaraderie

L’équipe de football de DRAGON, composée de joueurs amateurs, participait à des championnats inter-entreprises, se déplaçant même jusqu’à Lyon pour la Coupe de France de la vie ouvrière, renforçant les liens entre les employés. Tayeb Brouia se souvient de l’ambiance détendue, où le fait de s’économiser avant un match de foot était toléré, et des matches amicaux contre d’autres ouvriers, jouant parfois avec leurs chaussures de sécurité. DRAGON organisait aussi d’autres activités sportives comme des sections de judo et des concours de boules, permettant aux employés des bureaux et des ateliers de se retrouver.

Atmosphère de Travail et Déclin

Roger Pedrotti, entré à DRAGON à 14 ans en 1962, décrit une ambiance très bonne à l’époque où l’usine était perçue comme « notre maison, » organisant des banquets dans les ateliers et des voyages avec les épouses. La situation est devenue critique lorsque la direction a commencé à licencier les cadres et les techniciens du bureau d’études, les « têtes pensantes ». Roger Pedrotti estime que l’entreprise a coulé par la volonté des patrons, avec un manque d’investissement et l’arrêt des embauches, notant la disparition de la camaraderie post-travail (sorties au bistrot).

Faits Divers Historiques et Culturels (Suite)

En 1829, Fontaine comptait peu d’industries sur son territoire, principalement des champs agricoles, mais des mégisseries, tanneries et ateliers métallurgiques se sont développés avant les années 1930. L’histoire locale révèle des faits marquants, comme le cousin de Stendhal, Edmond Badon, qui habitait au château des Balmes, et l’existence d’un château Karl Marx à Fontaine. Des faits divers criminels du tournant du 20ème siècle sont rapportés, comme l’assassinat de la veuve Gallien par Henri Collavet en 1897 et l’évasion manquée d’Adrien Ronin du bagne de Guyane en 1901.

Le Cinéma VOG et l’Art Contemporain

Le cinéma VOG, situé avenue Aristide Briand, était un cinéma de quartier populaire, projetant des films grand public (westerns, aventures) et accueillant les footballeurs de Fontaine après les séances pour commenter les matches. Pif Carvello décrit l’intérieur du cinéma, des panneaux d’affichage des films aux sièges durs et inconfortables, ainsi que la présence d’un écran masqué par des réclames locales. Après sa fermeture et sa démolition, un nouvel espace d’art contemporain a été inauguré au même endroit, reprenant le nom de VOG.

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